entendu


entendu

entendu, ue [ ɑ̃tɑ̃dy ] adj.
XIIe; de entendre
1Vx ENTENDU À : qui s'entend bien à, habile à. ⇒ capable, compétent, ingénieux. « Un homme entendu à tout, voilà Perrault » ( Sainte-Beuve). Absolt « Des hommes fins ou entendus » (La Bruyère). Mod. Un air, un sourire entendu, malin, complice. « Je vois ce que c'est, dit le Petit Chose d'un air entendu » (A. Daudet).
Subst. (1651) Vx Faire l'entendu, l'important, le malin.
2Dont le sens est saisi.
Par ext. Accepté ou décidé après accord. convenu, décidé. C'est une affaire entendue. C'est entendu (cf. C'est d'accord, c'est dit). Ellipt (1870 entendu et compris) Entendu ! (cf. D'accord).
Loc. adv. (1671) BIEN ENTENDU [ bjɛ̃nɑ̃tɑ̃dy ]. assurément, évidemment, naturellement (cf. Bien sûr). Vous acceptez ? Bien entendu ! Je suis allé le voir et bien entendu il venait de sortir. Fam. Comme de bien entendu (cf. Comme de juste).
3Vx BIEN (MAL) ENTENDU. compris, conçu.Par ext. Disposé avec ou sans art, fait avec ou sans goût. « Les jardins étaient bien entendus et ornés de belles statues » (Voltaire). Mod. (Abstrait) BIEN ENTENDU : compris comme il faut. Son intérêt bien entendu.
⊗ CONTR. Ignorant, incapable, maladroit. Incompris, inouï.

entendu, entendue nom Vieux. Faire l'entendu, faire la personne experte, informée. ● entendu, entendue (expressions) nom Vieux. Faire l'entendu, faire la personne experte, informée.

entendu, ue
adj.
d1./d Compris, et, par ext., convenu, conclu. L'affaire est entendue. C'est (bien) entendu.
Ellipt. Entendu!
|| (Par concession.) J'ai manqué d'à-propos, c'est entendu, mais vous-même n'avez pas été plus prompt.
|| Loc. adv. Bien entendu: assurément, cela va de soi.
d2./d Bien (mal) entendu: bien (mal) compris, conçu. Un civisme bien entendu se conçoit-il sans justice sociale?
d3./d Cour. Air, sourire entendu, de qqn qui sait, ou qui veut marquer sa complicité ou sa supériorité.

⇒ENTENDU, UE, part. passé et adj.
I.— Part. passé de entendre.
Rem. Fréquemment, au sens de entendre II B, en constr. d'appos. avec valeur proche de l'adj. Tout se rapporte à cette grande distinction fondamentale du « sujet » et de l'« objet », entendus comme il faut; savoir le « moi » qui veut et agit, et le terme quelconque de cette action (MAINE DE BIRAN, Journal, 1821, p. 333). Entendue dans son sens étymologique, elle [la philologie] ne comprendrait que la grammaire, l'exégèse et la critique des textes (RENAN, Avenir sc., 1890, p. 128).
II.— Emploi adj.
A.— [Correspond à entendre II]
1. Vx. [En parlant d'une pers., de ses qualités] Qui manifeste de la compétence dans un domaine donné.
a) Emploi abs. Oui, si la pernicieuse donzelle ne valait point tant seulement la corde pour la pendre, elle n'en était pas moins une magicienne fort entendue (CLADEL, Ompdrailles, 1879, p. 363). Tu as grandi sur cette propriété (...) et, sans t'en douter, tu es averti sur bien des choses (...) Tu seras assisté par Condé qui est un homme fort entendu (CHARDONNE, Varais, 1929, p. 173). Seulement, il ne fallait pas descendre bien au fond de ces manières gaies et brillantes pour se heurter à des principes arrêtés et à une faculté parfaitement entendue de se refuser aux choses (LACRETELLE, Amour nupt., 1929, p. 158) :
1. Puis, comme un acheteur entendu, se recueillant pour délibérer en lui-même et choisir avec discernement, il maniait les étoffes, essayait sur lui les bijoux, soupesait la vaisselle de prix, et quand son choix était fixé, il reprenait d'un ton haut et avantageux : « Ceci est bien; mettez ceci à part; je me propose de prendre tout cela ».
THIERRY, Récits des temps mérovingiens, t. 2, 1840, p. 351.
Emploi subst., péj. Faire l'entendu, son entendu. Jouer au connaisseur, faire l'important. Cette singulière petite femme qui aimait à se vanter à tout propos et à faire l'entendue sur toutes choses (SAND, Péché de M. Antoine, 1847, p. 118). Seulement, voilà; l'orgueil, l'éternel orgueil, le besoin de briller et d'étonner le monde par des mérites que l'on n'a pas!... Faire le malin et l'entendu (COURTELINE, Boubouroche, 1893, I, 1, p. 15).
b) [Avec compl. subst. prép. à ou en, inf. prép. à] Jeune homme, j'ai bien connu monsieur votre Père. C'était un homme entendu en affaires (BALZAC, Œuvres div., t. 2, 1830-35, p. 228). Cet homme si mêlé et si entendu aux controverses (SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t. 4, 1859, p. 316). C'est pour redevenir un grand propriétaire toscan qu'il avait (...) recherché la main de miss Bell, qu'il savait très habile à gagner de l'argent et très entendue à tenir une maison (FRANCE, Lys rouge, 1894, p. 254).
2. Usuel. [En parlant d'un trait du comportement] Qui manifeste que l'on comprend quelque chose qui souvent n'a pas été exprimé ou qui n'a pas besoin de l'être. Clin d'œil entendu; regards discrets et entendus; un air malin et entendu; prendre son air entendu. (Quasi-)synon. complice. Mais son époux disait parfois : « Ma femme, c'est une gaillarde! » avec un certain air entendu qui éveillait des suppositions (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Serre, 1883, p. 674). À ce moment, Mme Pauque eut un sourire encore plus fin et plus entendu que celui de tout à l'heure (GREEN, Malfaiteur, 1955, p. 123).
B.— [Correspond à entendre II] Sens passif
1. Domaine moral
Bien entendu. Compris comme il faut. J'avais plusieurs motifs (...) pour changer de nom (...), des raisons diverses et qui toutes ne tenaient pas seulement à des considérations de prudence littéraire et de modestie bien entendue (FROMENTIN, Dominique, 1863, p. 33). Comme si les hommes étaient poussés, en tout ce qu'ils font, par la règle de l'intérêt bien entendu (ALAIN, Propos, 1930, p. 919).
Mal entendu. Mal compris, pratiqué mal à propos. Prosélytisme mal entendu; pudeur, vertu mal entendue; principes, scrupules mal entendus. La perversité n'était qu'un égoïsme mal entendu; la sainteté, l'amour de soi parfaitement compris (JOUHANDEAU, M. Godeau, 1926, p. 278) :
2. Je suis fâché que l'entêtement et le zèle mal entendu d'un agent subalterne aient créé cette circonstance qui m'a valu quatre mois de peines et de privations journalières.
LAS CASES, Le Mémorial de Sainte-Hélène, t. 2, 1823, p. 627.
2. Domaine concr., vx. Bien ou mal agencé, ordonné avec ou sans goût. Habillage, toilette bien entendu(e); appartement bien entendu, fête bien entendue. Le duc d'Orléans, prince spirituel et digne d'avoir des amis, partageait avec eux des repas aussi fins que bien entendus (BRILLAT-SAV., Physiol. goût, 1825, p. 277). Tout l'intérieur [d'un château] est entendu avec goût (FLAUB., Champs et grèves, 1848, p. 180).
C.— [Correspond à entendre II A 2 b]
1. Sens actif, rare. [En parlant d'un milieu hum.] Où l'on s'accorde bien. Ainsi, jamais famille ne fut plus unie, mieux entendue ni plus cohérente que cette sainte et noble famille (BALZAC, Béatrix, 1839-45, p. 33).
2. Sens passif, usuel. Qui a été l'objet d'une entente, sanctionné par un accord. Mais j'avais toujours cru que cette augmentation était une chose acquise, entendue (DRUON, Gdes fam., t. 2, 1948, p. 44) :
3. Ce n'est pas une affaire en l'air. J'en ai parlé depuis deux jours. C'est même une affaire entendue. Il manque seulement un papier que je vais aller chercher, dès demain, moi-même, au Havre, chez le notaire, ...
DUHAMEL, Chronique des Pasquier, Le Notaire du Havre, 1933, p. 195.
Cause entendue (p. ext. du sens jur. cf. entendre I B 1 a). Affaire réglée, sur laquelle il n'y a pas à revenir. Si je pouvais me mépriser sans arrière-pensée, la cause à jamais serait entendue (MAURIAC, Nœud vip., 1932, p. 162). Il se mit à rire, avec bonhomie; puis, estimant sans doute la cause entendue, il tira son étui à cigarettes (MARTIN DU G., Thib., Été 14, 1936, p. 527).
SYNT. Il est (bien) entendu que, il demeure entendu que, étant bien entendu que, restant (bien) entendu que.
3. Locutions
[Dans un dialogue] C'est entendu. Synon. c'est convenu. — Alors c'est entendu pour samedi... ça ne va plus faire que trois jours (RAMUZ, Derborence, 1934, p. 17).
P. ell. Entendu. Synon. fam. d'accord. — J'ai à te parler, mon petit. Je ne te tiens pas quitte. — Entendu, papa (COCTEAU, Par. terr., 1938, I, 3, p. 202).
Loc. conj. Bien entendu que (vieilli). Bien entendu qu'il ne faudrait lui faire aucun mal... un ou deux jours de prison (SCRIBE, Bertrand, 1833, I, 9, p. 143).
Loc. adv. (gén. détaché par une virgule de la prop. où il figure). Bien entendu. Synon. évidemment, naturellement. Les mots qu'ils se disent, elle et son père, Augustin ne les retrouvera jamais, bien entendu (MALÈGUE, Augustin, t. 1, 1933, p. 23). — Qu'est-ce que tu as répondu? — Non, bien entendu (MALRAUX, Espoir, 1937, p. 695).
Rem. C'est entendu, bien entendu peuvent avoir une valeur concessive. Bien entendu, c'est beau aussi, mais c'est autre chose (PROUST, Temps retr., 1922, p. 807). J'ai mes défauts, c'est entendu. Mais je crois que personne ne m'a jamais accusé d'être vaniteux (MONTHERL., Malatesta, 1946, IV, 4, p. 514).
Loc. adv. pop.
De bien entendu. D'accord et de bien entendu, ce n'est pas des choses à faire (BERNANOS, Imposture, 1927, p. 468).
Comme de bien entendu. Jmonte donc, jpaye ma place comme de bien entendu (QUENEAU, Exerc. style [Vulgaire], 1947, p. 77). Cette expression est le leitmotiv d'une chanson chantée par les gens du milieu dans le film Circonstances atténuantes (1939).
Prononc. et Orth. :[]. Ds Ac. dep. 1694. Fréq. abs. littér. :11 879. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 12 981, b) 14 940; XXe s. : a) 17 472, b) 20 931. Bbg. QUEM. 2e s. t. 2 1971. — RIGAL (E.). Les Participes osé, avisé, entendu ds les loc. R. Lang. rom. 1884, t. 19, pp. 257-259.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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